Contexte

La situation sanitaire des personnes qui fuient la violence est désastreuse, aggravée par l’insécurité due aux gangs, l’effondrement des services publics et la dégradation des infrastructures de santé.

En décembre 2024, plus d’1 million de personnes se déplaçaient vers l’intérieur d’Haïti en raison de la violence armée et de l’insécurité généralisée.

La majorité de ces personnes se retrouvent dans des camps surpeuplés, où manquent l’accès à l’eau potable, l’assainissement et les soins, créant un risque de propagation de maladies.

En 2025, 49% de la population, soit 5,5 millions d’habitants, ont un taux d’alimentation critique.

Suite aux attaques armées du 31 mars sur les villes du bas plateau central, de nombreuses familles (plus de 51000 personnes) sont arrivées à Hinche ainsi que Boucan Carré et Lascahobas. A Hinche, l’accès aux soins y est très limité, aggravé par la surcharge des établissements sanitaires existants. Ici, plus de 7500 personnes vivent dans des conditions très précaires tant alimentaires que sanitaires.

Mission médicale

Malgré cette situation dramatique, la mission d’avril a eu lieu avec une équipe toujours prête à partir vers les populations des villages de montagne, éloignées de tout centre sanitaire et n’ayant aucun accès aux soins.

Photo de l’équipe au départ :

Anithe, Dr JEAN BAPTISTE, Paulette, Dr BRIZARD, Junita, René, Junette et Mr GENOL

Les villages ne sont accessibles que par les chemins muletiers :

  • Pandiassou – Rivière Froide : 8 heures de marche,
  • Rivière Froide – Manac : 4 heures,
  • Et Manac – Pandiassou : 8 heures.

Ce sont, donc, nos fidèles muletiers qui ont accompagné notre équipe avec leurs solides mules sur lesquelles est chargé tout le matériel nécessaire pour les 8 jours de mission.

Pharmacie

Maintenant, chaque professionnel est bien organisé à l’arrivée dans un village et installe son espace en fonction de ses besoins, des besoins des autres et de la place mise à disposition par le village.

Junette et Anithe ont déballé tous les médicaments, instruments et matériel médical utile.

Cette photo nous montre que la relève est assurée !! En effet, la petite fille
d’Anithe, qui porte le joli nom de Maradassa, a accompagné sa maman.
Elle nous dit « qu’elle a choisi de venir avec la mission pour prendre la place de
sa maman. Elle est très sérieuse et aide beaucoup en mettant les médicaments
dans les sachets. »
Son regard vers sa maman nous dit combien elle est attentive aux instructions
données.

Monsieur Genol

Fidèle à l’équipe, Monsieur Génol continue son travail d’information auprès des villageois, afin de redire, réexpliquer l’importance de l’eau et de son utilisation, des soins pour prévenir les infections ou maladies contagieuses, l’alimentation,
etc…

Mr Génol, casquette sur la tête pour se protéger du soleil, en pleine explication
auprès des villageois attentifs et curieux.

Femmes enceintes

Paulette, notre sage-femme, autre fidèle des missions en montagne, a consulté 49 femmes enceintes.

Outre l’examen de la femme et de son futur bébé, les explications qu’elle donne lors de sa consultation, Paulette fait aussi beaucoup d’éducation à la santé, auprès des jeunes mamans, sur la grossesse, l’accouchement : les 1ères contractions, l’accouchement lui-même et les 1ers soins au nouveau-né.

Elle complète les informations sur la santé, en général, que Mr Génol donne de son côté, les explications de soins et d’hygiène que donnent le Dr Brizard et René.

Sur les 49 grossesses, 10 étaient à leur 1er trimestre, 24 au second et 15 au dernier trimestre.

Consultations et Pathologies

Nos professionnels lors des 5 journées de travail, ont examiné 655 patients :

  • 298 hommes,
  • 357 femmes, dont 49 pour leur grossesse.

Les enfants, lors de cette mission, n’étaient qu’au nombre de 201 pour 454 adultes (plus de 18 ans).

Nos professionnels ont diagnostiqué, comme très souvent, de nombreuses gastrites, infections génito-urinaires et parasitoses intestinales ou cutanées.

Dr Brizard
René

Les Haïtiens montrent une grande patience afin de rencontrer les personnes de l’équipe et attendent calmement dans la salle d’attente.

Ils sont toujours souriants, connaissant la grande chance qu’ils ont d’être pris en charge quelle que soit leur pathologie.

Deux jeunes femmes et leurs enfants, curieux devant le photographe…

…et cette dame plus âgée, souriante en attendant son tour.

Deux mamans et leur bébé bien sage

Tableau des pathologies

Plusieurs patients présentaient différentes pathologies, ce qui explique la différence entre le nombre de patients : 655 et le nombre de pathologies : 1138.

Il faut remarquer la quantité très faible de caries dentaires : 10 au total, toutes chez les adultes, et celle des fièvres typhoïdes assez élevée de 43.

Cas graves

L’équipe a eu à gérer 4 cas graves, dont 3 ont été adressés à l’hôpital Sainte-Thérèse de Hinche pour prise en charge chirurgicale.

Tout d’abord, le cas d’une petite fille qui présentait plusieurs plaies infectées au niveau du bras droit. Il s’agit d’une brulure assez étendue. Le Docteur Brizard a pu faire, sur place, les différents soins de nettoyage, désinfection et pansement.

La fillette et sa maman ne seront pas obligées de descendre jusqu’à l’hôpital. Malgré la douleur que l’on peut imaginer pour un enfant si jeune, la fillette fait confiance à son soigneur et ne bouge pas pendant les soins.

Ensuite, un cas d’hémorroïde externe de grade IV qui demandait un geste chirurgical simple, et une hernie dite « en pantalon », ou « double » ou « de Romberg », pour réduction en salle d’opération, ont tous deux été adressés à l’hôpital.

Et, enfin, un phlegmon du pied droit. Une jeune femme s’est présentée avec un pied et une cheville droits extrêmement gonflés, douloureux et avec une surinfection ouverte à la peau.

De 1ère apparence, il semblait que cela soit un abcès, mais après les premiers soins, il s’agissait, en fait, d’un énorme phlegmon (confluence de plusieurs abcès) s’étendant de la cheville sous le talon.

Devant l’ampleur de l’infection, seule une prise en charge chirurgicale en milieu hospitalier pouvait être envisagée, pour évacuer toute l’infection mais également vérifier l’état des os, des muscles et tendons.

Après avoir reçu les soins de première urgence et des pansements protecteurs, par notre équipe, la jeune femme a été emmenée à Hinche, à dos de mule pour être opérée dès son arrivée.

Départ du village et arrivée à l’hôpital Sainte -Thérèse de Hinche.

Après avoir été « préparée », Marie-Lourdes D. attend d’être emmenée en salle d’opération.

C’est l’Association qui a pris en charge tous les frais pour cette jeune femme. Nous aurons certainement de ses nouvelles à la prochaine mission.

Conclusion

L’insécurité grandissante amène de nombreux Haïtiens à se déplacer vers les zones plus calmes comme Hinche. Ils sont dirigés vers des campements précaires où manquent l’accès à l’eau potable, l’assainissement et les soins ainsi que l’alimentation.

La promiscuité créée par cette situation devient un terrain favorable au développement et à la propagation de maladies contagieuses.

Dans ce contexte, l’on comprend mieux, ces regards tristes et ce sérieux retrouvé chez de nombreuses jeunes femmes.

Malgré cet environnement dangereux, toute notre équipe est au chevet des villageois des montagnes, délaissés depuis de nombreuses années.

Ils mettent un point d’honneur à améliorer leur état de santé, à les informer à chaque fois qu’ils vont dans un village et le rôle de Monsieur Génol est particulièrement important pour cela.

Et certains malades leur doivent beaucoup lorsque nos professionnels découvrent de lourdes pathologies, nécessitant un geste chirurgical.

Cette équipe est remarquable dans son professionnalisme, sa ténacité et le bien- être qu’elle dégage et apporte là où elle s’installe.

Nous ne remercierons jamais assez cette équipe soudée, dynamique et inarrêtable.